Elisabeth Nicoly
   
 
 


 

LES 7 PECHES CAPITAUX d'après les dessins de Bruegel

Bruegel a réalisé une suite de 7 dessins préparatoires à la plume et encre brune, qui ont été gravés au burin par Pierre van den Heyden et édités par Jérôme Cock en 1558. Les personnages et les monstres relèvent du vocabulaire de Bosch, les paysages répondent aux normes bruegeliennes, à dominante fantastique. J'ai souhaité exécuter ces 7 péchés capitaux en peinture à l'huile à la manière de Bruegel.

L'orgueil

L'orgueil se mire dans une glace, flanqué d'un paon qui fait la roue. D'autres miroirs réfléchissent, l'un les fesses d'un monstre, l'autre tenu par une nonne-sirène, le visage d'un monstre à queue de paon. La boutique du barbier fait sans doute allusion aux soins que l'on peut accorder à l'apparence physique et porterait aujourd'hui le nom de salon de beauté. Les constructions boschiennes de l'arrière plan évoquent sans nul doute le luxe, le faste, les châteaux en Espagne. Et dans le fond à gauche, à côté d'un hérisson coiffé d'une ruche - image de l'Eglise – un personnage tombe du ciel (Icare ?).
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

L'avarice

L'avarice est une femme puisant de l'or d'un coffre pour l'accumuler dans son giron. Devant elle son attribut, un crapaud, peut aussi être associé à la luxure. Derrière la femme, se dresse la demeure délabrée d'un prêteur sur gages, avec pour enseigne une paire de ciseaux servant à tondre les moutons qui, en une image éloquente, a saisi un homme nu entre ses deux lames. A droite, une demeure en forme de tirelire est prise d'assaut par une foule. Derrière la cabane de l'usurier, des hommes tirent à l'arbalète sur une bourse dont s'échappent des pièces, sans se rendre compte qu'ils sont eux-mêmes délestés.
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

La colère

La colère est incarnée par une femme en armure, tenant une épée et une torche, précédée par un ours agressif, attribut du personnage. Ici tout n’est que violence, cris, horreurs. On grille un être humain, on met à bouillir un couple dans une marmite, le feu fait des ravages, hommes et bêtes s’entretuent. Le couteau porté par des soldats tranche et écrase. Le grand personnage à cheval sur un tonneau préfigure la colère dans le tableau de la Dulle Griet de Bruegel.
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

L'envie

L'envie, vêtue à la mode ancienne avec un hennin, ronge son cœur en désignant un dindon qui serait son attribut. La présence d'une cordonnerie à gauche et d'une femme endormie à droite, dans un panier entouré de chaussures, et coiffée de l'une d'elles, font osciller les interprétations entre le désir de « vivre sur un grand pied » et de « savoir où le bât blesse ». Il y a là matière à envie et à tourment. Dans la légende, l'Envie est définie comme une mort, une autodestruction qui ne trouve jamais de fin, une bête qui se dévore elle-même. Une scène de funérailles traverse le pont, un homme-bateau se laisse aller au fil du courant dans un état proche de la déréliction.
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

La paresse

La paresse est endormie sur le dos d'un âne, son attribut habituel. Sa tête repose sur un oreiller soutenu par un diable. A ses côtés rampent des escargots. A l'arrière plan, une limace géante, chevauchée par un personnage minuscule, avance dans l'eau sous un pont-colline. Un monstre ailé scie la colline de la paresse : un historien de l'art y a vu une association du bruit de la scie et du ronflement de la dormeuse. A gauche, un monstre à tête de cigogne en costume de moine, tire un pêcheur trop indolent pour quitter son lit. Dans une construction mi-arbre, mi-coquille, un couple paresse dans un lit derrière un rideau. Monstres et hommes nus dorment sur une table. La paresse est associée au temps perdu : à l'arrière plan, un groupe d'hommes assiste au spectacle d'une horloge géante, animée par un bras humain, d'où sortent des flammes. A gauche du tableau, un homme perché dans un rouage d'horloge tape sur une cloche avec un marteau, pour rappeler le temps qui passe. Plus bas à droite du hibou, les dés sur une table sont une allusion aux jeux de gens oisifs qui gaspillent leur temps.
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

La luxure

La luxure est incarnée par une femme nue touchant son sexe. Elle est assise dans un arbre creux, lieu du vice, sur les genoux d'un monstre à tête de lézard qui l'embrasse. Posé sur le dossier du fauteuil où ils sont assis, un coq, attribut de la Luxure, les observe. Tout n'est ici que fornication, exhibition, mutilation même. Les emprunts à Bosch sont nombreux, depuis la sphère de cristal qui emprisonne et exhibe les amants en haut de l'arbre, prise elle-même dans une coquille géante, jusqu'au jardin des délices à sa manière, avec fontaine et couples enlacés, qui occupe la scène à droite. Dans un curieux cortège du plan médian, un homme, les mains liées, chevauche un étrange quadrupède précédé d'un joueur de cornemuse. Certains le qualifient d'adultère, il porte une mitre et pourrait être un évêque.
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

La gourmandise

La gourmandise boit goulûment, assise sur un cochon qu'elle écrase de son poids. L'excès de boisson porte au dévergondage, comme le montrent deux femmes nues qui lui font face à table. Un autre personnage, soutenu par son mauvais génie, régurgite sa boisson et éclabousse un homme déjà tombé à l'eau. A droite, agenouillé, un géant, prisonnier d'une rôtissoire a la tête littéralement embrochée, asservi à l'idée fixe de la nourriture. A gauche, un moulin à face humaine est consciencieusement gavé. En contrebas, un homme porte son ventre sur une brouette. Au premier plan, un gros poisson en mange d'autres. Un bâtiment est même transformé en marmite.
Dessin de Bruegel   Interprétation en couleurs
 

PEINDRE à la manière des Flamands et Jérôme Bosch

C'est incontestablement Van Eyck qui a le plus apporté à la peinture flamande. Personne n'a réussi à percer ses secrets d'atelier et beaucoup ont essayé différentes "recettes". Une copie de tableau telle que la Tentation de Saint Antoine de Bosch m'a demandé beaucoup de temps. Voici comment j'ai procédé pour essayer de me rapprocher le plus possible de sa technique.
  • Le support : Comme il est pratiquement impossible de trouver un panneau de bois massif de cette taille, suffisamment sec pour qu'il ne se déforme pas, j'ai choisi un contre-plaqué de 20 mm d'épaisseur.

  • La préparation du panneau : Après passage d'une colle de peau de lapin, il s'agit d'enduire le bois avec une préparation d'enduit gesso (mélange de colle de peau, blanc de meudon et blanc de lithopone). 10 à 12 couches d'enduit sont nécessaires avec ponçage entre chaque couche en terminant par de l'abrasif extra-fin (grain 1200).

  • L'Imprimatura : C'est la première couche picturale destinée imprégner le bois enduit. Ici, j'ai choisi un mélange d'ocre jaune, blanc de titane avec un peu de noir dans de l'huile de lin complétée d'un peu d'essence de térébenthine. Temps de séchage : une à deux semaines.

Le dessin très complexe dans ce tableau doit être soigneusement reporté par la méthode au carreau
La première couche à la tempera grasse : Il s'agit de confectionner un liant à base d'œuf entier battu longuement dans un mélange d'huile de lin, de térébenthine et de vernis dammar. Dans ce liant, on broie du pigment blanc de titane. Et l'on peint sur le fond coloré toutes les parties lumineuses du tableau de manière à obtenir un camaïeu. La technique de pose de ce blanc à la tempera grasse est très particulière et très longue : il faut poser la peinture avec un pinceau fin et brosser avec un pinceau en soies de porc par touches de plus en plus légères, centimètre par centimètre.
Les couches suivantes en glacis colorés : Après séchage complet, on procède à la mise en couleurs avec de la peinture à l'huile et un médium classique. En superposant plusieurs couches de glacis, on obtient à la fois transparence et densité de couleurs tout en conservant une grande luminosité.

LA MEDECINE, reproduction d'un tableau de KLIMT qui n'existe plus

« LA MEDECINE » de GUSTAVE KLIMT fait partie d'un projet d'une série de cinq panneaux composant une fresque gigantesque, qui devait décorer le plafond du hall principal de l'université de Vienne, commandée en 1894.
Klimt était chargé de trois des panneaux : la Philosophie, la Médecine et la Jurisprudence.
Plafond de l'Université de Vienne incluant la photo noir et blanc de « La Médecine » en bas à droite de l'image et celle de « La Philosophie » en haut à droite
Mais quand l'artiste présente ses études – et plus particulièrement « la Médecine » – à l'université et au ministre de la Culture, celles-ci sont vivement critiquées, tant à cause du traitement du sujet que pour la nudité du modèle. Et l'accueil de l'œuvre définitive, exposée lors de la 10ème édition de la Sécession viennoise en 1901, sera lui aussi plus que mitigé. La critique violente de la presse accuse alors Klimt d'outrager l'enseignement et de vouloir pervertir la jeunesse. On lui reproche ses peintures scandaleuses, immorales, trop érotiques.
Pris au cœur d'un véritable scandale et face à la pression de 87 membres de l'université opposés à ces œuvres, il est décidé en 1905 que trois d'entre elles, La philosophie, La jurisprudence et La médecine, ne figureraient pas sur le plafond du hall de l'établissement. Gustav Klimt est alors contraint de rembourser l'avance qu'il a touché pour sa commande, soit plus de 30.000 couronnes.

LE TABLEAU DE KLIMT :
Dans « la Médecine », le fleuve de la vie qui charrie des corps emportés par le destin, où toutes les étapes de la vie sont mêlées, de la naissance à la mort et que l'on voit en proie à l'extase ou à la douleur est une vision considérée comme dégradante car elle souligne l'impuissance de la médecine face aux forces indomptables du destin au lieu d'en exalter les mérites.

D'ailleurs, Hygie la déesse de la guérison tourne le dos aux humains, à la fois hiératique, femme fatale, énigmatique et indifférente. A droite, la roue de la vie est formée par des corps nus contorsionnés, d'où surgissent un squelette et une femme drapée d'un voile rouge. A gauche, une figure féminine flotte dans l'espace, un nouveau né à ses pieds ; elle incarne la vie, mais est reliée à la roue par son propre bras qu'elle tend et par celui d'un homme qui l'agrippe. Hygie se dresse au premier plan, représentée conformément à l'iconographie traditionnelle avec un serpent à plusieurs replis sur son sein, qui avance la tête pour boire dans une coupe. L'œuvre, trop érotique, fit scandale, d'autant qu'elle ne montre pas les pouvoir de la médecine, mais suggère plutôt que nul n'échappe au déclin ni à la mort. La reproduction d'une partie du tableau avec le personnage d'Hygie constitue tout ce qui reste des trois peintures en dehors des photos noir et blanc qui sont exposées à Vienne au musée Albertina.

MON TRAVAIL DE REPRODUCTION :
Passionnée par ce tableau dont j'ai vu la photographie au format original de 430 x 300 cm, au Musée Albertina de Vienne, j'ai désiré en faire une reproduction en couleurs. Je me suis appuyée sur différents documents et livres, sur les esquisses préliminaires de Klimt et sur mon expérience de la copie de plusieurs tableaux de Klimt.
Photo Noir et Blanc
Du tableau original de Klimt
Esquisse de Klimt pour
le tableau « La Médecine »
Hygie seule partie du tableau
dont on a sauvé une photo couleurs
J'ai choisi un format plus modeste 146 x 97 cm et j'ai commencé le travail par le personnage d'Hygie pour laquelle on dispose d'une photo couleurs ce qui m'a permis d'aborder les autres personnages de proche en proche afin d'harmoniser le tout.

Par ailleurs, le livre «Gustav Klimt» aux éditions Prestel de Munich, chapitre «Die Fakultätsbilder ‘Medizin und Philosophie'», rédigé par Alice Strobl, mentionne que l'allégorie de la Maladie est recouverte d'un voile rouge et que l'allégorie de la Mort porte un voile noir.
Voici le résultat de mon travail :
Qu'est devenue la toile originale ?
Le collectionneur d'art juif August Lederer, qui avait réuni plusieurs peintures (parmi lesquelles d'authentiques chefs d'œuvre dont la célèbre « Frise Beethoven », qu'il avait acquise en 1903 après l'exposition de la Sécession de 1902, détaché des murs et roulé en 7 morceaux) est mort en 1936, deux ans avant l'Anschluss, annexion de l'Autriche volontaire à l'Allemagne nazie.

La collection a été confisquée à sa veuve Serena par le pouvoir Nazi en 1940 ; Serena s'est alors enfuie à Budapest, où elle est morte trois ans plus tard. La Gestapo a transféré la collection (à l'exception de la frise Beethoven, heureusement stockée ailleurs) au château Immendorf, dans le sud de l'Autriche, pour la protéger des bombardements des Alliés sur Vienne ; preuve qu'ils appréciaient l'art de Klimt et que s'ils en avaient spolié les Juifs, ils comptaient bien s'approprier les œuvres plutôt que de les détruire.

En 1943, le Troisième Reich avait d'ailleurs parrainé une exposition des œuvres de Klimt à Vienne. Si les nazis haïssaient l'art moderne en général qu'ils qualifiaient d'art « dégénéré », il y avait cependant des nuances dans leur position : en Autriche, Gustav Klimt était même célébré comme un symbole national.

Que s'est-il passé alors à Immendorf ? Il faut d'abord se rappeler que le 8 mai 1945, date de la destruction des œuvres, est aussi le jour de la capitulation sans condition du Troisième Reich : Hitler s'était suicidé une semaine plus tôt dans son bunker de Berlin. Les unités SS en déroute, commettaient alors les pires exactions. L'une d'elles, arrivée le 7 mai au château d'Immendorf, avait découvert par hasard les œuvres d'art entreposées. Le propriétaire du château a rapporté plus tard, que les officiers SS avaient admiré les peintures de Klimt ; l'un d'eux aurait déclaré que ce serait un «péché» de laisser les Russes mettre la main sur elles.

Selon un rapport de police de 1946, les officiers SS « ont organisé une orgie toute la nuit dans les appartements du château ». Le lendemain, l'unité de SS a posé des explosifs dans les quatre tours du château avant de s'enfuir. Un homme est retourné pour allumer le feu dans l'une des tours. Le feu s'est propagé et tout a finalement explosé. Le château d'Immendorf a brûlé pendant quatre jours. Rien n'a pu être sauvé de tout ce qu'il contenait ; ses ruines ont ensuite été démolies.

REALISER UN PORTRAIT à la manière de...

« La ressemblance à laquelle doit viser un véritable artiste n’est que la résultante d'autres réussites dans un ordre de valeur plus élevé. Il cherche d'abord la structure d'une tête, son caractère et ceci a plus d'importance que la copie adroite des traits. Or la construction d'un visage (...) est une lutte avec la nature et une compréhension de ses intentions. Il s'y ajoute le modelé qui donne les nuances expressives d'une physionomie et tous les charmes qui viennent de l'éclairage.
Plus l'observation du peintre sera sensible, large et pénétrante et plus ce qu'il rendra sera révélation de la vie morale. On peut dire que le portraitiste arrive à la plus haute ressemblance par surcroît. »
La leçon des maîtres – Elise Rieuf
 
A partir d'une photo, on peut faire réaliser un portrait inclus dans le tableau de son choix.
En voici quelques exemples :
 
Manon à la manière de FRAGONARD
Manon, jeune fille studieuse et appliquée, était passionnée de lecture. Nous avons pu disposer d'une photo d'elle en train de lire.
Les parents de Manon aimaient beaucoup le tableau de « La liseuse » de Fragonard
 
La liseuse de Fragonard   Réalisation
 

La réalisation a nécessité l'adaptation de la corpulence et du maintien de la tête. Bien sûr il ne s'agit pas de coller la tête sur une image toute faite. Le portrait de Manon a été exécuté au plus près du tableau original, reflétant bien l'ambiance et l'esprit de Fragonard.
 

Marie à la manière de David...
Marie avait choisi le tableau de Jacques Louis David (Mme de Sériziat) pour faire réaliser son portrait.
 
Mme de Sériziat de Jacques Louis David
(Musée du Louvre)
 
Réalisation
 
 

 
 
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